Moïse Jean-Charles : discours de gauche et ambition personnelle
Alors que de nombreuses formations politiques ont adhéré au Pacte national pour la stabilité politique et l’organisation des élections, Moïse Jean-Charles s’est démarqué en rejetant publiquement l’initiative. Le dirigeant de Pitit Dessalines, qui se présente depuis des années comme une figure de la gauche nationaliste, conteste la légalité du document et refuse d’en reconnaître la portée.
Cette posture tranche avec l’image d’homme de rupture qu’il revendique. Se réclamant d’un discours anti-système et souverainiste, Moïse Jean-Charles a pourtant évolué au cœur même des mécanismes du pouvoir. Plusieurs observateurs rappellent que, durant la transition ouverte sous le gouvernement d’Ariel Henry, des personnalités réputées proches de son courant politique ont occupé des postes stratégiques. Une proximité indirecte avec l’appareil d’État qui contraste avec ses prises de position publiques contre « le système ».
Son opposition au Pacte intervient à un moment charnière. Le texte, soutenu par une part significative de la classe politique, est présenté par l’exécutif comme un cadre de sortie de crise et de préparation d’élections. En s’en dissociant, Moïse Jean-Charles adopte une stratégie de démarcation qui peut être interprétée comme une tentative de boycotter ce consensus politique jugé crucial pour la tenue des élections et pour sortir le pays de la crise institutionnelle.
Ancien maire de Milot, habitué des discours radicaux et des mobilisations de rue, il a souvent misé sur une rhétorique de confrontation. Mais certains observateurs estiment que cette posture relève davantage d’un calcul politique que d’une cohérence idéologique. Ils soulignent un décalage entre son discours de défense des masses populaires et les alliances tactiques, parfois tacites, qu’il aurait nouées selon les circonstances.
Dans cette séquence, la dénonciation du Pacte apparaît, pour certains analystes, comme une manœuvre destinée à exister face à un exécutif incarné par Alix Didier Fils-Aimé, qui cherche à fédérer autour d’un processus électoral. En contestant la légitimité de l’accord, le leader de Pitit Dessalines tente de s’ériger en obstacle à ce processus, tout en évitant de se fondre dans un consensus, d’autant plus que sa voix ne semble pas avoir trouvé l’écho espéré et que ses exigences n’ont pas été retenues.
Cette dynamique met en lumière une constante de la scène politique haïtienne : la difficulté, pour certains acteurs, de conjuguer discours idéologique et pratique du pouvoir. Dans le cas de Moïse Jean-Charles, la critique porte moins sur son droit à l’opposition que sur la cohérence entre ses positions proclamées et ses stratégies successives.
À l’heure où le pays cherche une issue à l’instabilité chronique, le débat autour du Pacte devient aussi un révélateur des ambitions individuelles et des fractures internes d’une classe politique en quête de légitimité.
Jefferson Bonissant
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